EmbrunMan 2005

Nicolas Urago

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Par où commencer ce compte rendu? Je voudrais faire court mais il se passe tellement de choses pendant ces épreuves que je pense que ça va encore être long…

 

C’est la troisième fois que je me lance sur l’EmbrunMan et c’est déjà mon neuvième IronMan, mais le frisson est toujours la… Les jours précédants l’épreuve j’ai senti la tension monter. Je n’avais pas peur mais on se demande toujours comment la journée se passera, comment sera la météo, est-ce que ça sera un jour avec ou un jour sans, est-ce que la mécanique tiendra? Bref, on est un peu fébrile et on a hâte d’enfin en découdre pour voir si la préparation a donne ses fruits.

 

Partis de St Laurent du Var vendredi après-midi avec Denis, un copain de club qui en est aussi a sa troisième participation, nous retrouvons à Embrun Bruno qui est au repos après sa perf de Nice (21eme) et qui ne va pas tarder a débuter sa préparation pour Hawaï. Nous passons la journée de samedi à Embrun ou nous retrouvons d’autre membre du Stade Laurentin : Jean-Mi, Corinne et leur fils Thibaut qui court dimanche matin. Gérard, le papy du club qui voulait participer a l’EmbrunMan mais qui s’est rabattu sur le court. Il y a aussi notre couple de nouveaux mariés Albert qui vient faire son premier IronMan et sa femme Françoise. Enfin Florence complète le groupe, elle se lance sur le très long avec assez peu d’expérience en Triathlon mais étant excellente dans les 3 disciplines séparées elle ne risque pas grand-chose.

Le samedi se passe à regarder les courses du Grand Prix homme et femme. Joli spectacle, c’est impressionnant mais la tête est ailleurs, je pense au parcours vélo et aux difficultés qui nous attendent. L’après-midi, on prend le vélo avec Denis et Bruno pour un petit tour entre Barratier et St Clément, on roule tranquille mais ça fait du bien de tourner les jambes.

 

La journée de dimanche se passe très tranquillement, on regarde les courses avenir, un repas, une bonne sieste, puis on file deposer les velos au parc. On croise bien sur plein de têtes connues, des vieux briscard comme Gilles Teobaldi qui vient la pour la 14eme fois, les copains des clubs la cote d’azur : Nice, Cagnes, Antibes, La Gaude, etc…. Je croise Christian Scifo qui est la pour son deuxième EmbrunMan, un petit bonjour, quelques encouragements, bref toute la grande famille du triathlon est la. On écoute le briefing d’une oreille distraite mais suffisamment attentive pour entendre que les sacs de ravito perso de l’Izoard ne doivent contenir que du ravitaillement et pas autre chose (vêtements, outils, etc…). Bon, ce n’est pas un problème pour moi, je ne pensais mettre que des barres énergétiques. On remonte à notre gîte pour un bon repas et a 21h extinction des feux.

 

La nuit se passe bien, je dors correctement et je n’ai aucun mal à me lever quand le réveil sonne à 3 heures. On prend un bon petit dej’ et on part assez sereins avec Denis pour cette longue et belle journée. En prenant la voiture on sent bien qu’il fait très frais. 6-7 degrés aux Orres, 8 à Embrun, brrrr ça caille… L’ambiance dans le par cet toujours aussi speciale, un melange d’excitation et de calme, plus l’heure avance plus les visages se ferment. Encore quelques bonjours, je retarde l’heure d’enfiler le maillot de bain et la combi car je n’arrive pas trop a me réchauffer. Finalement je m’habille et vais vers le départ. C’est déjà la cohue près de l’aire de départ. Les filles qui partent 10 minutes avant nous sont déjà en place. Le speaker annonce une minute de silence pour Eric Caradot un triathlète décédé la semaine précédente. Je ne le connaissais pas, mais l’émotion est vraiment palpable pour tout le monde dans l’aire de départ.

Premier coup de feu, les filles sont libérées ainsi qu’Etienne Caprin qui a droit a un départ protégé a cause de son handicap. Il fait nuit noire et nous ne les voyons pas longtemps. Quelques minutes passent et on peut se placer au départ. Je suis sur la droite, je sais que ça va bastonner jusqu’au passage de la petite digue en pierre après la plage, mais ça me permettra de prendre la première bouée au large. Je suis calme, je nage très bien ces derniers temps et la natation n’est pas un souci pour moi. Mon objectif pour cette première partie et de sortir de la transition aux alentours de l’heure.

 

Et c’est parti… Je ne suis pas devant, mais le départ est plutôt propre. Pas de coup, un peu de bousculade mais rien de grave. Je nage quasiment la tête hors de l’eau sur les premiers 150 mètres puis déjà les espaces se créent et je peux me mettre à nager normalement. Je suis parti doucement, sans excitation, je sais que je pourrai accélérer dans le deuxième tour. Comme prévu, je suis bien a droite après le passage de la petite digue, mais je ne vois pas la bouée dans la nuit! Où est-elle ? En fait j’ai de la buée dans les lunettes, c’est pour ça que je ne vois rien… Un petit passage sur le dos pour rincer les lunettes et je vois enfin la bouée juste devant moi. La ligne droite vers le fond du plan d’eau se passe sans problème, je suis juste oblige de bousculer un peu un nageur qui est devant moi et n’arrête pas de changer de direction, il me bloque 3 fois alors que j’essaye de la doubler mais je m’en débarrasse finalement en le poussant un peu. Je vise le gyrophare qui clignote au fond du plan d’eau, mais je ne vois pas la bouée. En me rapprochant, je vois que ce gyrophare est très a droite et je suis déjà à la hauteur de la bouée qui est complètement sur ma gauche ! Je reprends le parcours, j’ai perdu quelques secondes mais ce n’est pas trop grave. Je me sens à l’aise sur le retour, j’ai d’excellentes sensations de glisse. Le jour est en train de se lever et cette fois je n’ai pas de mal à voir les bouées suivantes. Le deuxième tour se passe sans problème, j’ai un rythme régulier, je sens que je nage bien car je reviens sans cesse sur des groupes que je dépasse facilement sans avoir besoin de forcer. Je bats en général assez peu des jambes mais cette fois je me force un peu car je sens que j’ai les cuisses qui commencent à tétaniser. Le deuxième tour passe très vite, je ne vois pas grand monde devant en sortant sur la plage. Un coup d’œil au chrono en arrivant dans le parc : 57’, génial, c’est exactement ce que je voulais. Je rejoins ma place et fais ma petite séance d’exhibe pour me mettre en tenue cycliste. J’enfile mon cuissard, et un maillot de vélo, j’aime être a l’aise pour rouler. Les manchettes sont dans les poches du maillot, je les mettrai en roulant. J’enfile une petite paire de chaussettes, les chaussures, le casque et c’est parti pour le parcours vélo, la pièce de résistance du jour.

 

A la sortie du parc, j’entends « Allez Nicolas », c’est certainement quelqu’un du club mais il y a trop de monde pour que j’arrive à identifier mes supporters. Dès la ligne droite de sortie du parc, j’enfile mes manches, il fait très frais et je ne supporterai pas longtemps de rouler avec les bras nus. Comme toujours sur ce parcours, les abords de la route sont noirs de monde. Dans la première cote, je vois pas mal de monde que je connais, et je reçois beaucoup d’encouragements. Attention à ne pas s’enflammer ! J’essaye de trouver mon rythme immédiatement, j’ai de bonnes sensations même si ça grimpe raide dès les premiers kilomètres.

 

Mon objectif pour le vélo est simple, rouler calme jusqu'à Briançon puis, si je suis bien, me lâcher un peu plus sur la deuxième moitié. Il y a deux ans, j’avais fait le vélo en 7h14, si je pouvais gagner entre 5 et 10 minutes, ça serait parfait. On va bien voir…

Il n’y a pas grand monde avec moi sur le parcours, déjà une bonne chose, ça veut dire que j’ai bien nagé ! Dans les premiers kilomètres, la route surplombe le plan d’eau et je vois qu’il y a encore pas mal de monde dans l’eau, pour eux la journée va être encore plus longue. Chapeau les gars, accrochez vous ! Je reviens assez vite sur Etienne Caprin, je me demande vraiment comment il fait avec sa jambe paralysée, moi sur le home-trainer quand je roule sur une jambe je tiens 5x1 minute, lui va tenir 9 heures ! Je l’encourage au passage.

 

Dans les premières bosses, je perds quelques places. Je n’essaye pas de m’accrocher. Les gars qui sont en train de me doubler sont soit très forts et dans ce cas je vais me griller en les suivant, soit en train de présumer de leurs forces et si tout se passe bien pour moi je les aurai rattrapé avant la fin. La route continue a s’élever, le soleil commence a pointer, mais il fait toujours froid. Un petit groupe se forme, mais sans drafting, nous attaquons la redescente sur le lac de Serre-Ponçon. La descente et rapide et technique, mais pas de risque, on va pas se foutre parterre a ce moment de la course. Arrivé au abords du lac je me mets en position aéro et zou… direction Savines. La traversée de Savines puis les petites cotes pour rentrer sur Embrun passent sans problème, cette partie du parcours est assez rapide. Sans forcer, je rattrape puis double Rovera. C’est dingue les progrès que j’ai fait ! Bon, arrêtons de rêver, en fait il semble qu’il ait un problème technique et la course et finie pour lui. Au passage du rond-point des Orres, il y a la foule des grands jours, ça fait du bien, je savoure les encouragements, a partir de maintenant il y aura beaucoup moins de monde aux abords du parcours.

 

Les kilomètres s’enchaînent assez vite, St Clément, puis déjà Guillestre, j’attaque les gorges du Guil. Le début est rapide puis assez vite un méchant vent de face très froid vient nous ralentir, bizarre, je ne me rappelle pas d’avoir un vent comme ça lors de mes précédentes participations. Ma place est a peu près stabilisée, je me fais doubler, je double, mais il n’y a toujours pas grand monde autour… Dans les premières pentes de l’Izoard, le froid me gène, il y a de grosses rafales de vent toujours aussi froid, moi qui adore la chaleur, je ne me sens pas très a l’aise. Le passage d’Arvieux à Brunissard est usant, le vent est vraiment de face et dans la grande ligne droite qui monte à presque 10% on reste scotchés a la route. J’évite de regarder le compteur. Les spectateurs ont sorti anoraks, gants, bonnets, pas mal pour un 15 août. En tout cas ils ont encore assez de chaleur pour nous réchauffer. Je croise Yves Cordier, en train de redescendre à vélo, il me lance un encouragement au passage.

 

Les sensations ne sont pas bonnes dans la montée du col, je monte tout sur 39x26, impossible de mettre plus gros, les muscles sont un peu tétanisés et je ne veux pas prendre de risque en tirant plus gros. Je perds encore quelques places mais j’arrive finalement à la Casse Déserte. Pas le temps de s’arrêter, mais je profite de la petite descente pour admirer la paysage, c’est toujours aussi magnifique. Je souffre dans les deux derniers kilomètres, mais je sais que la descente est bientôt la et que la moitie du parcours est passée. Juste avant le sommet, j’aperçois mes parents, ils ont fait le déplacement hier depuis Nice, eux aussi ont l’air d’avoir froid. Ils adorent venir voir les courses, c’est des supporters acharnés, ils avaient fait le déplacement à Zurich pour mon premier IM ! Au ravitaillement du sommet, ce n’est pas la cohue. Tout de suite un bénévole attrape mon ravitaillement et le met dans les poches du maillot. Je fais le plein des bidons mais avec le froid j’ai bu juste un bidon de 750ml ! Bruno est la, parti un peu plus tard du gîte il a regardé la sortie de l’eau puis a laisse Véro à Embrun pour venir à vélo nous encourager.

 

La descente sur Briançon est rapide, je fais un arrêt pipi, puis replonge dans la descente. L’air commence à se réchauffer. Passe Briançon, le vent n’a pas encore change de direction, on l’a donc maintenant de dos, il faut en profiter même s’il semble beaucoup moins fort que toute à l’heure. Pendant quelques minutes, j’ai un moment de doute, j’ai un début de crampe aux deux quadriceps. Je mouline un moment et ça passe, je pense que c’est à cause du froid. La température est maintenant agréable et je me remets à boire normalement. Le parcours de retour me semble beaucoup plus rapide que ce qu’il était dans ma mémoire. Peut-être que simplement il n’y a plus l’effet de surprise et je sais à quoi m’attendre. Je passe les Vigneaux, redescends sur Argentière, je profite de chaque morceau un peu rapide pour me mettre en position aéro. Au bas de la montée de Champcela mes parents sont à nouveau au bord de le route, « Vas-y Nico, t’es bien classé », depuis le début il y a des gens qui donnent le classement sur le bord de la route, les chiffres varient mais il semblerait que je sois entre le 60 et la 70eme place, c’est la première fois que je suis aussi bien classe sur un IronMan, mais bon, la route est encore longue, il peut se passer tant de choses sur la fin du vélo et le marathon, je regarderai le classement après l’arrivée!

 

Je passe Champcela sans soucis, dans les lignes droites de l’aérodrome, le vent est à nouveau de face mais moins fort que d’habitude, il n’est pas trop gênant. Je surveille le chrono, à la marque indiquant qu’il restait 50km j’ai calculé qu’en rentrant a 25km/h je serai dans mes temps de 2003, pour l’instant je suis largement au dessus de 25, mais il va falloir passer Chalvet. Je vois toujours aussi peu de concurrents, si j’avais voulu drafter, j’aurais pas été gâté, j’ai quasiment fais la route tout seul depuis l’Izoard. Je reprends quelques gars qui m’avaient passé dans la première boucle et je ne me fais quasiment pas doubler. J’arrive enfin dans Embrun et me lance dans l’ascension de Chalvet. Je suis bien, je monte à mon rythme sans trop forcer mais en gardant un œil sur le chrono. J’ai l’impression que je ne vais pas être loin des 7h00. Je reviens sur 4 ou 5 gars. Vers le sommet, alors que je reviens sur un autre concurrent, un spectateur me lance : « vas-y, accélère, tu vas l’avoir ». Je tempère un peu son ardeur : « Accélérer ? Ca sert a rien, j’ai tout le marathon pour le doubler ». Il se retourne et lance a son voisin : « Ah oui, c’est vrai qu’il font aussi le marathon ! ». J’arrive au sommet, je regarde la montre, ça sera un peu juste pour les 7h00, mais le chrono est bon. Les virages s’enchaînent, je m’enflamme un peu et fais un tout droit dans un lacet… Oula ! attention, ce n’est pas le moment de s’envoyer en l’air bêtement. Je ne me rappelais pas que la descente était si longue, les minutes passent, je reviens vers le plan d’eau, 7h02, 03, 04 allez on y est, derniers virages. Je pose finalement le vélo au bout de 7h06. J’ai gagne 8 minutes par rapport a 2003. Les jambes vont bien, je n’ai aucune lassitude, les sorties longue en montagne que je me suis tapées depuis 2 mois ont porte leurs fruits.

 

Dans le parc a vélo, je me change entièrement, mais j’essaye de faire une transition rapide. Cuissard de course a pied, débardeur, chaussures, la casquette et c’est parti. Surtout ne pas penser à la distance, se mettre de suite dans un rythme d’endurance comme à l’entraînement. Il y a beaucoup de monde aux abords du plan d’eau, les spectateurs encouragent tout le monde, c’est vraiment super. Je rejoins assez vite le concurrent qui était devant moi a la sortie du parc. Il est Lyonnais, c’est son premier Embrun, il a un bon rythme, je lui dis d’en garder pour le deuxième tour. On court à la même allure et pour l’instant tout va bien. J’ai quitté le parc avec environ 5 minutes d’avance sur mes prévisions. Je m’étais dit qu’en quittant le parc après 8h15 de course je pouvais envisager un marathon en 3h45 ce qui me ferai terminer en 12h00. Avec mes 5 minutes d’avance, ce me donne un peu plus de marge, tant mieux, j’ai en général du mal dans les derniers kilomètres et ça va me permettre de partir prudemment.

 

Première montée dans Embrun, je fais la cote en courant, je suis toujours avec le gars rattrapé a la sortie du parc. Un copain l’accompagne, il court derrière nous ou sur le coté, c’est réglo. J’ai l’impression qu’il y a moins de monde cette année dans la rue piétonne, mais les gens nous encouragent, c’est mon passage préféré, celui ou il faut prendre des forces. J’aperçois à nouveau mes parents, je leur dis que tout va bien et ils ont l’air rassurés. Dans la descente, mon allié du jour commence à accélérer, son copain le motive et je n’essaye pas de suivre, c’est un peu tôt pour attaquer. Finalement il ne me prend que quelques mètres puis ralenti, je reviens sur lui. A l’entrée de la digue, les copains du club sont la, un petit coucou et c’est le virage à droite qui marque le début de l’aller retour. On parle beaucoup de cette digue mais elle ne m’a jamais vraiment paru difficile, je crains plus la partie qui mène a Barratier. J’ai l’impression de courir sur un rythme régulier, je ne regarde pas la montre. Je veux me concentrer sur les sensations et ne pas me stresser parce que je gagne ou perds 10 secondes au Km. Sur le retour de la digue, mon collègue Lyonnais ralenti et je le passe, serait-il parti trop vite ? En fait il a très bien géré sa course puisque je verrai le lendemain qu’il a fini juste une place derrière moi.

 

Sortie de la digue, je pars en direction de Barratier, les jambes vont toujours bien, Gérard, notre ancien du club est a vélo il vient m’encourager et me parle de sa course du matin. Je lui dis de ne pas trop rester à coté pour ne pas avoir de soucis avec les arbitres. A peine j’ai fini de lui dire, un arbitre nous rejoint et vient me sermonner. « Dites à votre suiveur de s’arrêter, vous risquez d’être disqualifié », pas de problèmes, je viens de lui dire, Gérard s’écarte et je replonge dans mes pensées. La fin du premier tour est avalée sans problème, je m’alimente bien, je ne regarde toujours pas la montre. On continue à m’indiquer des places entre 50 et 60, c’est vraiment super, si je tiens le coup ça sera vraiment ma plus belle perf sur la distance. Retour au plan d’eau, je retrouve la foule, beaucoup de gens des Alpes-Maritimes m’encouragent, bizarrement c’est quand on crie le nom du club que je fais plus attention. Il y a tellement de gens qui encouragent en criant le prénom qu’on fini par ne plus faire attention, par contre quand j’entends « allez Saint Laurent » ou « Allez le Stade Laurentin » je sais que c’est des triathlètes des AM ou du Var qui connaissent le maillot et j’essaye de voir de qui ça vient. En tout cas, quand on m’encourage, j’essaye à chaque fois de faire un petit signe pour montrer que j’ai entendu et que j’apprécie. J’essaye aussi de ne rater aucune de petites mains qui se tendent sur le parcours, ça ne coûte rien et je sais que ça fait énormément plaisir aux gamins quand les triathlètes leur tapent dans la main, c’est leur façon de participer à l’événement.

 

Début de la deuxième boucle, le rythme commence à baisser, rien de grave pour l’instant, je fais le tour du lac avec un Grassois qui débute son marathon. Il y a maintenant beaucoup de coureurs sur le parcours, ça change du premier tour, par contre, ils sont quasiment tous au début de leur course, c’est peut-être pas très bon pour leur moral de voir que j’ai déjà le collier, mais c’est bon pour le mien. Je fais le montée d’Embrun en marchant, à ce moment de la course, je préfère garder des forces et marcher quelques dizaines de mètres me permet de souffler un peu. Deuxième traversée de la rue piétonne, puis re-descente vers la Durance. La, ça devient vraiment dur, j’ai un bon passage a vide. Sur la marque indiquant qu’il reste 15 Km je regarde enfin la montre. Le chrono indique 10:30, ça veut dire que j’ai exactement 1h30 pour faire 15 bornes, 10 Km/h, royal ! Enfin, il faudra quand même pas faire n’importe quoi parce qu’il m’est déjà arrive de finir des IronMan sur un rythme beaucoup plus lent… En tout cas j’ai un bon repère, 6 minutes au kilo, surtout ne pas essayer d’accélérer maintenant parce que les sensations ne sont pas bonnes, je dois tenir au moins 10 bornes et ensuite s’il me reste des réserves je verrai si je peux accélérer.

 

Je récupère un peu dans le deuxième aller-retour sur la digue. Il y a maintenant énormément de coureurs, je reçois encore beaucoup d’encouragement des copains et copines du club. Je me demande comment ça tourne pour les 3 autres, je sais que Denis est derrière, mais je m’inquiète pour Florence que je n’ai pas vue a vélo…

 

Je m’accroche sur la route de Barratier, je cours un peu au dessus de 10km/h j’ai maintenant 3 minutes d’avance sur mon timing. Les jambes me font souffrir, j’ai les quadriceps en feu. Mais mentalement je ne craque pas, maintenant, je connais bien les sensations qui nous envahissent à ce moment de la course. On passe de l’euphorie au quasi désespoir en quelques minutes, on a envie de marcher, de se laisser aller. Mais merde, il faut s’accrocher, c’est ça le triathlon, c’est pour ce moment la qu’on s’entraîne toute l’année. C’est justement ce frisson qu’on vient chercher, cet état physique proche de la rupture qu’on n’atteint jamais à l’entraînement. Je repense a tous les gens qui aimeraient être a ma place, a ceux qui ont d’autres souffrances, des maladies, ce triathlète, Pierre Dorez qui souffre d’un cancer, a ma petite nièce qui est passée par la elle aussi alors qu’elle n’avait que 3 ans, a Etienne Caprin qui a du s’accrocher dur pour finir le vélo.  Allez, petit à petit la tête prend le dessus sur le corps, la douleur passe au second plan. Je pense à la course, aux copains, au public, aux bénévoles qui sont la pour nous depuis ce matin et tout a coup les jambes font moins mal et les sensations reviennent. La vitesse elle ne revient pas… Je m’approche du plan d’eau, j’aimerais accélérer mais je n’y arrive pas. Je marche dans la montée du centre nautique, un coup d’œil a la montre, j’ai toujours mes 3 minutes d’avance. Je suis maintenant certain de passer sous les 12 heures. Je savoure le dernier kilomètre. Je salue tout le monde, fais encore un coucou a mes parents dans la dernière ligne droite et je passe la ligne. Je n’ai pas de grosse bouffée d’émotion en terminant, juste l’immense plaisir que tout ce soit bien passé. Depuis le début de la préparation, je n’ai eu aucun pépin physique (j’ai eu ma dose l’année dernière, merci !) et le résultat est la, je suis hyper heureux!

 

Je passe la ligne en 11h57, 57eme au scratch. Tous mes objectifs sont atteints. Je suis dans un état physique correct à l’arrivée, pas besoin d’aide médicale.Le ravitaillement à l’arrivée est inexistant (un des points noir de cette course, mais ça a toujours été comme ça). Je passe vite au massage puis rejoints les copains du club dans les tribunes pour attendre l’arrivée des autres Laurentins. Denis passe la ligne en 13h00. Puis Florence termine en 13h34, 8eme féminine. Je ne l’ai pas vue sur le parcours car elle a eu des problèmes avec sa combi qui s’est ouverte pendant qu’elle nageait et elle est sortie loin en natation, dommage, c’est une super nageuse et sans ça elle aurait fini au minimum 6eme. Enfin, Albert, notre jeune marie termine en 14h37, il est allé au bout malgré un entraînement plus que léger a vélo, félicitations…

 

Encore une fois, cet EmbrunMan a été un grand moment. Le parcours est toujours aussi exceptionnel. Le public pousse tous les concurrents vers la ligne d’arrivée. C’est vraiment la seule épreuve en France ou autant de triathlètes font le déplacement juste pour être la, faire partie de la fête et encourager les autres. Apres une performance assez moyenne en Nouvelle-Zélande ce printemps, cette fois je fais ma meilleure perf sur IM, ça va me donner une motivation supplémentaire au moment de préparer la saison prochaine. Maintenant, je vais faire une coupure, je vais profiter de septembre et octobre pour faire un peu de montagne (a pied, pas a vélo !). En novembre je jetterai un coup d’oeil au calendrier 2006, l’an prochain pas d’Embrun pour moi (il ne faut pas abuser des bonnes choses…), je retournerai bien faire un tour du coté de Lanzarote, sinon pourquoi pas Nice ? Ca fait bien longtemps que je ne l’ai pas fait…